Sidérurgie, un tout petit monde téléguidé par la finance !

Interview de Philippe Verbeke, CGT Arcelor Mittal, coordinateur national pour la filière sidérurgie (membre du comité exécutif de la fédé travailleurs métallurgie) à propos de la fermeture d’une ligne à Montataire (usine Mittal).

(Interview réalisée par Céline Bridoux pour le comité)

 

Comité : la direction parle de « mise sous cocon » et non de fermeture, pourquoi cette réaction de la part de la CGT ?

PV : dans 90% des cas, les mises sous cocon dans le groupe ont débouché sur une fermeture définitive (Florange, Basse Indre en Loire Atlantique dernièrement). D’une part les outils de production ne sont plus entretenus, d’autre part les compétences sont redispatchées, voire des démissions ou mutations, rendant très compliqué un redémarrage.

 

Comité: penses-tu que la crise sanitaire est un prétexte pour restructurer ? Comme dans l’aéronautique par exemple ?

PV : une aubaine pour restructurer : oui. Il s’agit ici surtout de déshabiller les commandes de Montataire pour les muter vers Florange, où une ancienne ligne de revêtement electrozingué a été transformée en ligne de revêtement galvanisé. Idem pour Fos, que le groupe met en concurrence avec les entités d’Ilva en Italie, qu’il est en train de racheter, tout en voulant détruire en Italie 5000 emplois. La politique Mittal, c’est la mise en concurrence de ses propres sites, et donc des emplois, mais aussi une croissance externe (hors Europe) au détriment de la production et des emplois en France, au détriment de la réponse  aux besoins d’acier. Autrement dit, « une délocalisation progressive de notre sidérurgie et une récupération des brevets francais et européens de l’ex Arcelor. »

 

La politique Mittal, c’est la mise en concurrence de ses propres sites, et donc des emplois

 

Comité : continuer à délocaliser notre industrie, cela fait-il partie du « monde d’après » ?

PV : on voit bien que non. Mittal est une multinationale financière familiale qui dicte sa loi aux Etats, sur fond de chantage à l’emploi. Captation maximale des aides publiques. Aucune contrepartie exigée par le gouvernement français qui refuse toute ingérence dans la stratégie, pour une filière pourtant décrétée stratégique pour notre industrie par 2 commissions d’enquêtes successives, à l’assemblée nationale (2013) puis au sénat (2019). Besoin comme dans beaucoup d’autres activités de gagner cette ingérence des pouvoirs publics mais aussi des salariés. Y compris face aux enjeux environnementaux. A noter que Philippe Darmayan, président d’ArcelorMittal France, est aussi Président de l’UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie) . Un tout petit monde donc, téléguidé par la finance.

 

La dernière interview de Philippe sur  le site de la CGT métallurgie

 

 

 

Mots-Clés : #
Imprimer cet article Télécharger cet article